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06.05.2008
TIBET : ET LES CHRETIENS ? (4)
Les Martyrs Chrétiens du Tibet
Avant de rentrer dans le vif du sujet, je prie le lecteur de noter que la signification du terme « martyr » employé ici ne doit pas être restreinte à un témoin de la foi auquel on aurait commandé d’apostasier et qui aurait subi des tortures jusqu’à offrir sa vie pour le Christ. Dans ce sens, un témoin qui n’aurait pas été torturé( martyrisé), ne mériterait pas la palme du martyre !! Ce sont là des subtilités de langage et de droit-canon !
Ceci étant précisé, il faut noter aussi qu’au cours de cet article, il sera surtout question des martyrs du Tibet oriental et sud-oriental. Notre objectif principal reste donc limité et la période étudiée ne commence qu’en 1846, lorsque ce territoire ne comprenait pas initialement le Cachemire (Ladack) ni la région sub-himalayenne peuplée en majorité de tibétains, ni même le Nord du Plateau tibétain, comme le Koukounor ou Amdo(Quinghai ou Tsinghai en chinois).
Evidemment, nous signalerons de façon plus circonspecte les témoins de la foi pour lesquels nous manquons de preuves vraiment sérieuses. Bien sûr qu’il convient de mentionner nos frères chrétiens d’une autre confession, qui ont subi eux aussi la mort pour le Nom du Christ .
Il est juste également de citer les essais d’évangélisation beaucoup plus anciens entrepris par les Nestoriens-Chaldéens, mais on possède très peu de documents sur leurs activités en ces lieux, tandis qu’il en existe sur l’influence « prodigieuse » du Nestorianisme et du Manichéisme en Asie centrale et en Chine. Des recherches plus étendues viendraient compléter, avec bonheur ces documents. Il est difficile de savoir s’il y eut des martyrs à cette époque-là, car on ne peut tenir compte de suppositions mal fondées. C’est pourquoi nous abordons de suite la première tentative sérieuse de pénétration évangélique au Tibet, celle des Jésuites portugais, basée sur leurs expériences assez fructueuses dans les petites principautés du versant sud des Himalaya, comme le Baltistan, le Bhouthan et autres.
Après des voyages extrêmement périlleux où ils durent traverser plusieurs affluents du Gange, le premier groupe de Jésuites, sous la conduite du Père Antonio d’Andrada, arrivent à Chaparangue où ils furent reçus très dignement par le roi qui leur accorda large hospitalité et pleine liberté. Mais « l’ennemi » veillait. Bien que leurs activités religieuses fussent menées avec sagesse et circonspection, ils durent s’éloigner après une dizaine d’années, non seulement à cause de l’opposition de la hérarchie lamaïque, mais aussi à cause d’une longue inimitié entre Chaparangue (GUGE) et le Ladakh. On accusa le roi de favoriser une politique anti-lamaïque : puis ce fut la guerre, qui dévasta à fond le Gugé ainsi que M’Tolin où les missionnaires avaient installé un dispensaire. Par la suite, tout le pays passa sous la domination du Ladakh. Le nombre des adeptes comptait alors une douzaine de personnes. Y eut-il quelques néophytes qui suivirent leurs Pères en exil ? Rien de bien sûr ! Quoi qu’il en soit, les Jésuites considèrent le Père d’Andrade comme martyr, car il a été empoisonné par les ennemis des chrétiens, peu après son exil forcé à Leh, capitale du Ladakh, en 1634. Il en est de même pour le frère Marquès qui, à plusieurs reprises, fut le guide des missionnaires à travers les Himalayas. Il mourut en prison, dans des circonstances assez troubles, malgré la venue d’un autre Jésuite venu à Srinagar pour négocier la libération du frère. La deuxième période d’évangélisation du Tibet fut menée par les Franciscains (O.F.M .) italiens, appelés aussi capucins, dans les années 1695 -1745. Sous la conduite du Père Orazio della Penna, ils purent s’établir à Lhasa, y construisant une chapelle-couvent et un petit hôpital. Malgré leurs bonnes relations avec les autorités civiles et religieuses, leur succès fut mitigé, et bientôt, la persécution déclenchée par la hiérarchire lamaïque s’abattit sur cette petite chrétienté qui comptait une bonne trentaine d’adeptes avec 5 ou 6 missionnaires étrangers. Les épreuves subies par ce groupe de néophytes et les nombreuses tracasseries administratives obligèrent les Franciscains à quitter définitivement le pays, en avril 1745. La permission de s’exiler fut refusée aux tibétains, sauf pour deux ressortissants du Népal. Une fois les misionnaires expulsés, la persécution devint plus violente : plusieurs chrétiens , condamnés aux travaux forcés et torturés, témoignèrent courageusement sous les coups des bourreaux. Combien y eut-il de martyrs ? Dieu seul le sait ! Pour des preuves plus précises, voici un extrait du livre intitulé « The Bell of Lhasa », écrit par le P . Fulgentius Vennini (O .F.M), dans lequel il relate l’histoire de la mission des Capucins au Tibet :
« Le 22 mai 1742, cinq chrétiens : Pierre, Thomas, Madeleine, Agathe et Catherine, subirent une flagellation tellement cruelle que l’on voyait le sang couler sur le sol. Ils supportèrent ces tortures avec courage. Cependant, une des condamnées, ayant vu son mari dans un état si misérable, fut prise d’une frayeur incontrôlable. Catherine, une des néophytes, l’encourage, en disant : « Ma chère sœur dans le Christ, pourquoi tant de peur ? Regarde nos frères dans la foi ! Ils nous donnent un exemple de courage chrétien. Inspire-toi de leur bravoure et imite-les, souffrant joyeusement pour le Nom du Christ ! »
C’est ainsi que les cinq premiers martyrs tibétains dont nous connaissons les noms, habillés de la robe flamboyante du baptême de sang, furent témoins du Christ, en présence d’une assemblée d’amis et de curieux criant et se lamentant pour exprimer leur émotion et leur sympathie : tout cela en pleine vue des majestueux pics neigeux entourant la sainte cité de Lhassa » ; (fin de citation) :
Le dénouement de cette deuxième vague de persécution sur le Tibet fut certainement impitoyable, car les missionnaires durent s’éloigner, séparés du goupe, tandis qu’on brutalisait les chrétiens en les traînant dans une autre direction. Tout ceci se passait en 1746 : comment ne pas rappeler que cent ans plus tard, soit au début de 1846, deux lazaristes français , les Pères Huc et Gabet séjournèrent environ deux mois à Lhasa, en relative liberté. 1846 fut aussi l’années où les M.E.P (Missions Etrangères de Paris) reçurent, du Vatican, la lourde charge d’évangéliser le « Pays des dieux ».
Avant de parler plus longuement de cette période, il convient de rappeler le martyre non sanglant du fondateur de ce que l’on appelle « Mission du Tibet », le Père Alex Renou, mort en octobre 1863. Non seulement il ouvrit des postes dans la région de Qiamdo (Tchamoutong) et Kiangka, mais il fut l’initiateur et le « défricheur » de Bonga, considéré comme la première installation stable dans le Tibet interdit. Plus tard, il dut passer de longs mois à Kiangka (Markang Gartok, actuellement Mangkang, en chinois) essayant de régler le procès de Bonga, car il éait le chef et le défenseur de ses confrères missionnaires. Les autorités refusèrent toutes les requêtes de la Chine et de la France , au contraire, on interdit de lui vendre quoi que ce soit, vivres ou vêtements. Malgré ces vexations continuelles, il tint bon et, avec son serviteur, se fit construire une petit abri dans un ravin, à l’écart de la ville. Très affaibli, c’est là qu’il rendit son âme à Dieu, mourant de privations plutôt que de maladie. Il fut enseveli en ce lieu et quelques jours plus tard, mourait son fidèle serviteur. Les missionnaires, bien qu’ils en reçurent l’ordre, refusèrent de changer le lieu de sépulture et d’emporter les corps des deux martyrs. Leurs tombes étaient encore visibles et entretenues, quand le Père Goré s’y rendit en 1920.
Maintenant, ouvrons une parenthèse pour parler de quelques martyrs oubliés par le P . Simonnet, dans la relation publiée dans le bulletin des M.E.P et dans son livre « Tibet,-Voyage au but de la Chrétienté » (éd. 1994, p.238). Il cite dix martyrs des Missions Etrangères et place le P : Maurice Tornay au onzième rang. Evidemment, il veut tenir compte uniquement des missionnaires étrangers mais, dans cette perspective, il omet le P. Behr , un MEP originaire de Bâle, en Suisse, mort brutalement en 1908, à Batang, après 3 ans de mission seulement. Sa dépouille mortelle aurait porté des blessures et contusions qui ne provenaient pas toutes de sa noyade dans le Fleuve Bleu. L ‘opinion émise par ses confrères et par le D. Shelton, dont nous parlons plus loin : le P. Behr avait probablement été blessé par des bandits, avant de mourir noyé. Une autre lacune plus importante, du P. Simonnet, c’est d’avoir omis deux Franciscains de la léproserie de Mosin (Mosi-Mien), située à quelques kilomètres du Petit Séminaire de la Mission. En effet, l’armée rouge en fuite devant les Nationalistes détruisit les résidences de Lentsy, Chapa et autres, puis ils pillèrent le couvent des Sœurs franciscaines et la léproserie, tirant sur le lépreux et en blessant même quelques-uns.
Deux missionnaires furent désignés pour être emmenés avec la troupe. Ce fut le Père Pecoraro (italien) et le frère Pascal (espagnol). Leur calvaire qui dura plusieurs mois commença en la fête de l’Ascension 1935 : pour rejoindre le gros de l’Armée rouge qui comprenait en ce jour-là les plus plus grands chefs de la « longue marche », Mao-Tsé-toung lui-même et Otto Braun, conseiller militaire du Kominten.
Ces chefs étaient d’ailleurs mécontents de l’incursion menée par leurs subalternes dans la vallée de Mosi-Mien mais ils inclurent les 2 missionnaires parmi les prisonniers qu’ils emmenaient avec eux dans leur fuite vers le Nord. Comme les Nationalistes Kuomintang n’avaient pas voulu couper le pont de chaînes de Louting-kiao (luding), le passage fut facilité pour les Communistes qui n’eurent pas à déloger leurs ennemis bien retranchés à Tatsienlou (Kangding), et ils purent s’enfiler dans la gorges du Tatou-Ho (Dadu-He). C’est ainsi que la ville et les établissements religieux furent sauvés du désastre ; il y eut suffisamment de dégâts dans les autres missions traversées : Tanpa (Danba), Tsunghua, Mowkung (actuellement Xiaojin), etc.. !!
A Mowkung, les chrétiens virent les deux franciscains dans un état lamentable, se dirigeant avec leur gardien, vers l’église complètement saccagée. Ils étaient plutôt une charge pour l’armée ; ils furent décapités à deux journées de marche plus au nord, en un endroit désolé et leurs corps furent jetés dans le ravin du Tatou-Ho.C’était le 4 décembre 1935. Par la suite, les chrétiens ramenèrent ces saintes dépouilles et les ensevelirent avec piété.
IL convient maintenant de citer des témoins appartenant à d’autres confessions et qui ont versé leur sang pour le Christ. Un des plus connus est de Dr. Shelton, directeur de la Mission protestante de Batang et ami des missionnaires catholiques. Il a fondé plusieurs œuvres de bienfaisance et dispensé les meilleurs soins à de nombreux tibétains. Malgré sa connaissance du pays et ses bonnes relations avec les chefs locaux, il fut massacré par des bandits, lors d’une tournée en territoire « interdit », pas bien loin de son lieu de résidence. Il y eut probablement encore d’autres victimes parmi les « prédicateurs » mais nous nous contenterons de parler d’un certain Petrus Rijnhart.
Ce Néerlandais, marié à une Canadienne, du nom de Susie, essaya de pénétrer au Tibet par le Koukounor, en 1898. Il connaissait bien la langue et avait parcouru le pays, distribuant nombre de tracts en chinois et en tibétain. Il pensait pouvoir atteindre les centre du pays et Lhassa, ayant préparé le voyage avec soin. Ils partirent donc, bien équipés, mais après avoir peiné pendant trois mois à travers des régions infestées de bandits, il ne leur restait plus qu’un serviteur, les autres s’étant enfuis avec leurs meilleurs chevaux. Les malheurs se succédant , leur fils d’un an mourut. Ils décidèrent de l’ensevelir de suite : pour éviter d’être vus, se sentant surveillés, et pour se garantir de la dépradation des fauves, aussi bien que de la coutume des gens du pays qui consistait à dépecer les cadavres et à jeter les membres à flanc de montagne pour y être dévorés par les bêtes sauvages, ils creusèrent une fosse, y déposèrent le petit cercueil puis roulèrent des rochers par-desus pour faire disparaître tout indice de la sépulture. Après ce service funèbre, il fallait trouver un chemin de retour ! Hélas, les souffrances continuèrent et Susie perdit son mari, sauvagement abattu par des bandits en traversant une rivière pour chercher du secours.
Cette tragédie nous rappelle que Charles Carson Rinjnhard est le premier petit enfant occidental à être enterré au Tibet et cela probablement tout près d’une branche supérieure du Mékong. Quand à la mère de du petit, elle revint au pays, raconta son odyssée, se remaria puis s’en retourna aux confins du Tibet avec un groupe de volontaires, puis elle mourut un mois plus tard.(cf. Susie Rijnhard , « With the Tiberans in tent aind temple)
Patience ! Nous sautons un siècle, 1745-1846, et nous arrivons à ce qu’il est convenu d’appeler « Mission du Thibet » ! Le territoire tibétain aux limites plutôt controversées (le Saint Siège le désigna aussi sous le nom de « Vicariat de Lhassa ») fut confié au zèle de la Société des Missions Etrangères de Paris (M.E.P.), qui était présente au nord de l’Inde et dans le sud-ouest chinois. Dès le début de la prise en charge de l’évangélisation du Tibet (1846), les missionnaires M.E.P. furent d’avis que la pénétration par la Chine avait autant de chance de réussite que les essais sur la frontière de l’Inde ; en effet, leurs confrères oeuvraient depuis un certain temps déjà dans le « Far West Chinois », au milieu de populations très semblables à celles de l’intérieur du Tibet interdit. Au moment décisif où les missionnaires allaient tenter leur chance de se lancer vers Lhassa, en 1860, ils cédèrent à leurs confrères voisins les districts à majorité chinoise et le siège du Vicariat Apostolique fut transporté de Talin-ping (région chinoise trop éloignée) à TATIENLOU, ville sino-tibétaine considérée comme la porte du Tibet.
Toutefois, la première tentative, une des plus importantes, fut menée depuis l’Assam (Nord-est de l’Inde) ; cette épopée héroïque fut entreprise par le Père Nicolas Krick qui, après une première exploration, atteint Sommeu, un des premiers villages tibétains, entouré d’aborigènes Mishmis. Quelques semaines plus tard, le P. Krick revient en Assam et prépare un nouvel essai avec un jeune confrère, le Père Augustin Bourry. Après un voyage éprouvant, ils arrivent en pays tibétain, connu déjà par le P. Krick. Quelques semaines s’écoulent et cette épopée héroïque échoue ou plutôt aboutit au massacre des Pères Nicolas Krick et Augustin Bourry en 1854 : ce furent les deux premiers martyrs (parmi les missionnaires étrangers) de cette mission qui devait en compter bien d’autres.
Du côté chinois, la fondation du premier poste en territoire du Tibet interdit fut l’œuvre du Père Alexis Renou, qui acheta un terrain inculte et abandonné dans le Tsarong (Haute Salouen). Les pionniers des M.E.P., les Pères Renou, Fage, Desgodins et plus tard Biet et Durand, réussirent à défricher et mettre en valeur ce coin de terre avec l’aide de quelques adeptes dans les années 1854-1860. Ce fut bientôt un groupe d’une vingtaine de catéchumènes, comprenant des Chinois et des Tibétains ainsi que d’anciens esclaves, qui s’installèrent dans les environs. La mission avait ouvert un orphelinat et, peu après, des écoles. Puis vint la persécution, et cet avant-poste de la chrétienté fut incendié et complètement détruit en septembre 1865.
Les Pères A. Biet et P. Durand, avec un groupe de néophytes, partirent les premiers et pensèrent trouver refuge à Kionatong, en terre chinoise, où ils avaient séjourné à plusieurs reprises, mais les persécuteurs, dirigés par les lamas de Menkong, ennemis jurés de Bonga, les attendaient en ce poste frontière. Le Père A. Biet avec son petit troupeau réussit à passer et trouva refuge à la lamaserie de Tchamoutong, puis ils franchirent la chaîne de montagne séparant la vallée du Salouen de celle du Mékong. Ils parvinrent alors dans la région de Tsekou-Tsechung et c’est ainsi que prit naissance cette chrétienté du Mékong (fin 1865).
Quant au Père Pierre Durand, il ne put se soustraire aux poursuivants, qui ouvrirent le feu sur lui lorsqu’il tentait de s’enfuir en passant le pont de corde (câble) qui traversait le Salouen ; il tomba dans le fleuve et son corps fut retrouvé le 16 octobre à Lin-ta-dang et inhumé sous un grand rocher où l’inscription funéraire est encore visible actuellement.
Les captifs de Bonga, soit quarante personnes environ, furent entraînés à Tchrana pour être jugés et expulsés du Tibet. On avait d’abord décidé de les jeter dans le fleuve, puis les autorités changèrent d’avis ; mais pour montrer que la menace de noyade générale était sérieuse, et pour l’exemple, un catéchumène est jeté au fleuve. Un peu plus tard, deux enfants meurent sur la route de l’exil : deux innocents à mettre sur la liste des martyrs. Sous la direction des Pères Desgodins et Félix Biet, et après bien des souffrances, le petit troupeau de fidèles arrive sur les rives du Mékong vers la fin de l’an 1865. Cette région se trouvant sous l’autorité chinoise, ils séjournèrent d’abord à Gunra, près des salines sur la rive droite du fleuve, puis les Pères leur trouvèrent des terrains sur une terrasse du côté opposé et c’est là qu’ils fixèrent leur demeure. Telle fut la naissance de la chrétienté de Yerkalo.
En suivant l’ordre chronologique, il faut citer le massacre du Père Brieux en 1881, à 8 km de Batang, à l’instigation de la lamaserie du lieu. Le Père partait pour rendre visite à ses annexes de Yarégong et Litang ; ayant précédé quelque peu la grande caravane qu’il aurait dû prendre, il fut dévalisé et assassiné par des brigands à quelques kilomètres de son poste de Batang, résidence qui fut complètement détruite en 1887. Puis ce fut la grande persécution des « Boxers », qui débuta dans la région par la destruction des postes frontières, en 1900, sur l’ordre de Lhassa, semble-t-il. Dans la « Mission du Thibet », ce soi disant épisode de la persécution des « Boxers » se déchaîne en 1905, parfaitement orchestré par les lamaseries et les ordres secrets de Lhassa. C’est alors que furent massacrés quatre Pères M.E.P. , au sujet desquels il y aurait suffisamment de preuves pour soutenir leur cause devant un tribunal ecclésiastique. En premier, ce fut le Père Mussot, qui, s’enfuyant de Batang, fur ramené en ville et torturé à mort (avril 1905) ; quelques jours plus tard, le Père J.A. Soulié subit le même sort à Yarégong, légèrement au sud-est de Batang. C’est en ce mois d’avril 1905 aussi que onze chrétiens de Yerkalo sont massacrés et que la résidence et l’église sont réduites en cendres.
Au mois de juillet, c’est le tour des missionnaires postés sur le versant Yunnan, soit Atundzé et Tsekou : les Pères Jules Dubernard et P.M. Bourdonnec, martyrisés les 22 et 23 juillet 1905.
Concernant ces deux martyrs, nous connaissons des détails sur les derniers moments de leur sacrifice suprême. A lire dans « Tibet-Mission Impossible—lettres du Père E. Jules Dubernard, par l’Abbé J. Espinasse ». Il faut citer aussi les deux chrétiens massacrés avec le P. Bourdonnec, et un autre de Patong, du nom de Raymond, qui suivit le P. Dubernard dans tout son calvaire et fut martyrisé avec lui.
Le calme étant revenu avec l’arrivée des troupes chinoises, l’ensevelissement eut lieu dignement avec les hommages de chrétiens et de païens.
Les dépouilles de ces martyrs ont été transférées plus haut dans la montagne, pour les préserver des ravages de la Révolution Culturelle. Par la suite, les chrétiens ont érigé un monument funéraire, non loin de l’église nouvelle de Tsekou-Kadongka.
A part le massacre du Père Behr, dont il a déjà été question, le prochain martyr fut le P. Théodore Monbeig : en visite à ses chrétiens de Yarégong et Litang, il est attaqué non loin de cette ville en juin 1914, avec un de ses catéchistes qui essaya de lui faire un rempart de son propre corps et tomba mortellement atteint ; puis ce fut le tour du Père.
Nous avons cité plus haut le martyre de deux Franciscains emmenés par les Rouges, lors de la « Longue Marche » en 1935. Depuis lors, la mission du Tibet eut à déplorer le massacre de Père Victor Nussbaum en 1941 et celui du Père M. Tornay et de son domestique Doci en 1949.
Pour clore ce chapitre et terminer la liste des martyrs d’avant la prise de pouvoir par les communistes, il faut signaler le meurtre de Richard Haas et de son serviteur, de la mission de Siling ou Sining (au Qinghai, Amdo ou Koukounor), confiée aux missionnaires de Steyl (Verbe Divin). Peu avant la « Libération », le P. Haas voulut rendre visite à des familles de catéchumènes au sud-est de la ville de Siling. Les deux voyageurs furent tués par des bandits qui les dévalisèrent et les laissèrent en pâture aux bêtes sauvages. Un confrère qui voulait se rendre en ce village ne put atteindre le lieu du massacre pour récupérer les corps et donner une digne sépulture à ces deux martyrs. Cela se passait le 30 octobre 1949…environ deux mois après le meurtre du Père Tornay.
Depuis le départ des missionnaires étrangers dans les années 1950, il y eut certes beaucoup de martyrs indigènes, même en pays tibétain, mais il est difficile de trouver des témoignages authentiques pour établir les faits. Cela devrait être entrepris par des témoins encore en vie actuellement.
D’un autre point de vue, on peut se demander pourquoi aucun des martyrs du « Tibet » n’a été compris parmi les cent vingt canonisés en l’an 2000 ? C’est que leur cause n’avait pas été introduite à Rome ; c’est sous-entendre qu’on a laissé à l’écart des centaines de milliers de croyants chinois (et tibétains) qui ont souffert pour leur foi au cours des siècles. L’avenir nous fera connaître, sans doute, les témoignages de cette multitude de héros méconnus. En Chine et au Tibet, comme en d’autres terres, pourquoi le sang des martyrs ne serait-il pas une semence de chrétiens ?
Père Alphonse Savioz
Revue "Mission du Grand-Saint-Bernard" (N° 2 - Année 2007)
07:27 Publié dans INTERNATIONAL, POLITIQUE | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : chalons en champagne, reims, politique, marne, front national, fn, marine le pen










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Commentaires
Sir,
Its a funny coincidence, that today I have been thinking about whether Pere Dubernards tomb exists or not, and I stumble on your writings.
Im a guy from North Europe, and Im down in Yunnan, and interested in its history. In fact, I am trying to locate some of the graves of the earlier missionaries here, but its not an easy thing. Some of them I will find though - in some time.
Im not good in French, but did I understand it, that Pere Dubernards tomb is not actually a tomb, but a memorial..?
In fact, I just tried to find the grave of George Forrest, he was a famous botanist and a good friend of Pere Dubernard. They were on the same trip when Dubernard was cought by lama warriors. Forrest managed to escape, Dubernard didnt.
When Forrest came down to Tengyueh, in South Yunnan, the British poet and mystic, Aleister Crowley happened to be there. This was in 1905. The Diaries of Aleister Crowley can be found on Internet, and he gives a funny description of when Forrest has come back and explaines the whole scene.
Peter, Yunnan
(If anyone has any interest in these issues, please feel free to contact)
Ecrit par : Peter | 06.05.2008
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