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15.05.2008

INTERET NATIONAL : COMMENT LE DEFINIR ?

2042119471.jpg"L'intérêt national est la base et la fin d'une politique extérieure légitime"; ce n'est pas un "nationaliste" que je cite, mais un homme de gauche : Régis DEBRAY, dans son livre "La puissance et les rêves" (page 119), publié en 1984, mais toujours aussi actuel, et dont le bandeau indiquait : "DEFENSE DE LA FRANCE".

 

 

 

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Pour définir l'"intérêt national", Régis Debray part d'un constat : "Leur nationalité est ce qui reste aux communautés humaines quand elles ont perdu leur Père commun : Saint-Père, Imam ou Petit Père des peuples; lorsque, ainsi désaffiliées, les orphelines se résignent à devenir leur propre père : des patries." (page 125). Jean Jaurès disait quant à lui que "les pauvres n'ont que la patrie".

Dans ces conditions, "L'intérêt national se fonde sur une tendance universelle du vivant, celle de l'être à persévérer dans son être, qu'il soit individuel ou collectif. La légitimité du critère historique a pour répondant la nature des choses et des vivants. Une communauté historique a pour fin première de rester elle-même, ce qui veut dire : subsister comme unité souveraine de façon à garder la liberté de ses choix fondamentaux (de ses amis, de ses ennemis, de sa forme de vie, de son régime, etc). Faire son histoire au lieu de la subir; et pour cela, sauver son être, moyen de cette fin. L'autonomie suppose l'existence. (...) Or le trait le plus flagrant des relations internationales est qu'une nation se trouve insérée dans un système de dépendances et d'interdépendances, qui l'empêche de se déterminer elle-même librement dans un néant de contraintes extérieures et intérieures. L'autodétermination, comme projet d'existence, est l'enjeu d'un combat sans fin." (page 128).

Et à ceux qui proclament qu'il est impossible de définir mathématiquement la "puissance", Régis Debray répond : "la puissance n'est pas une donnée isolable ou absolue. C'est une relation, la substance même des relations internationales. On la définira comme la somme des facteurs permettant à une unité souveraine, d'imposer sa volonté à d'autres unités souveraines (étant entendu que ces facteurs ne sont pas tous matériels). Si on définit comme volonté de puissance la stratégie d'une nation tendant à "maximiser ses moyens d'agir sur les autres", sera dite d'intérêt national une stratégie tendant à minimiser les moyens qu'ont les autres d'agir sur soi. Qui subordonne donc l'usage offensif de la puissance à un but défensif : ne pas se laisser imposer la volonté des autres. (...) Mais si le potentiel de ressources d'un pays détermine son aptitude à limiter les effets qu'aura sur lui celui des autres, il est crucial de ne voir dans la puissance qu'un moyen au service de sa propre liberté. C'est toute la différence entre une politique de force et une politique d'indépendance, entre un empire et une nation. (pages 131-132).

De par sa nature même, la France est une nation, qui s'est faite, justement, contre les empires. La France n'est la France, qu'en étant "empereur en son royaume". Sans cette volonté, elle n'existe plus, et est destinée à disparaître à plus ou moins long terme. D'où cette politique "capétienne" d'indépendance nationale, menée depuis 987, aussi bien par "les 40 rois qui firent la France" que par les meilleurs de nos républicains.

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 "La notion d'in-dépendance est négative; c'est précisément pourquoi elle est opérationnelle. Dans les relations internationales, la dépendance est l'état de nature; et l'Etat politique, ce qui empêche d'y retomber : un groupe humain ne vit qu'en niant sans cesse ce qui le nie. Relèvera donc de l'"intérêt national" tout ce qui accroît le degré de liberté d'un pays; qui diminue la part de ce qu'il a à subir en augmentant la part de ce qu'il peut vouloir. La réduction à terme des dépendances : ce principe directeur peut, dans chaque occasion, servir de critère de décision." (page 132).

"Sur la scène internationale, chaque pays dans la foule joue des coudes et des pieds pour retrouver le matin sa place de la veille, ce petit espace de souveraineté qu'il lui faut arracher à l'asphyxie environnante. Sauvegarder bon an mal an cette marge d'autonomie contre ses adversaires, ses alliés, les tiers et ses propres ressortissants, c'est le travail de Pénélope d'une diplomatie globale, forte de tous les dispositifs, publics et privés, aptes à contrer le flux incessant des agressions, annexions et subordinations de toute espèce." (page 134).

Voilà, défini par un homme de gauche, ce qui fonde la politique étrangère de la "France éternelle", et qui rappelle, à bien des égards, les principes définis par Charles Maurras dans son livre "Kiel et Tanger".

Nicolas SARKOZY est aux antipodes de cette politique.

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