04.11.2009
IDENTITE NATIONALE OU IDENTITE "REPUBLICAINE" ? LE POINT DE VUE D'UN QUEBECOIS
A lire sur : http://www.action-nationale.qc.ca/index.php?option=com_co...
EXTRAITS :
Ch. C. : L’opposition éculée entre nationalisme ethnique et civique est une fausse dichotomie, une imposture rhétorique qui servait d’empêchement à la pensée. Imposture dont les conséquences furent néfastes. Même la nation de Sieyès, rappelons-le, parle français. Et avec raison : une collectivité veut être une nation souveraine, donc une démocratie, parce qu’elle a une identité en commun et une volonté politique d’être. La nation est donc culturelle et politique. Dimension culturelle qui est de bon aloi, et encore plus dans le cas du souverainisme québécois ! D’ailleurs, une telle nation civique existe-t-elle et serait-elle souhaitable ?
MBC : Comme il arrive souvent dans les têtes trop idéologiques, plusieurs en sont venus à prêter une certaine réalité à cette chimère. Ils ont cru parler à la nation québécoise et à ses valeurs alors qu’ils ne s’adressaient qu’à leurs collègues. Cela donne un bon indice, d’ailleurs, de l’hermétisme de certains débats intellectuels et de l’imperméabilité de l’intelligentsia par rapport à la réalité de la nation, qui elle, se métamorphosait bien moins que ne le souhaitaient les ingénieurs identitaires et autres fabricants de nations sur commande. On ne fait pas tenir une société dans de purs principes, même s’ils sont médiatisés dans le droit ou dans une constitution. Le patriotisme constitutionnel est une autre de ces chimères qui ont pollué depuis un bon moment la pensée occidentale. Quoi qu’en disent les théoriciens progressistes et autres philosophes pour qui la réalité sociale n’est qu’un champ d’expérimentation où l’on pourrait s’amuser à construire une société idéale, une communauté humaine est une expérience historique forte, qui s’institutionnalise dans le politique et s’inscrit dans une frontière qui la délimite et lui assure une consistance réelle, en évitant sa dispersion. Or comment fonder une communauté politique sur le seul contractualisme, qui demeure toujours muet sur l’identité des contractants ? Comment distinguer une société d’une autre si seul le droit est légitime dans la construction politique des sociétés humaines. D’ailleurs, c’est devant ce problème que se trouvent actuellement les Européens qui se rendent bien compte qu’en définissant l’Europe selon de purs principes démocratiques, sans référence à la substance historique d’une civilisation, rien n’empêche alors la Turquie de rejoindre l’Europe. Mais est-ce que l’Europe veut encore dire quelque chose si elle n’assume pas au moins partiellement son héritage chrétien ?
Partager une même histoire :
Quoi qu’il en soit, résumons les choses ainsi : il faut que les hommes se ressemblent au moins un peu pour se rassembler. S’ils ne se font plus confiance, s’ils ne sont plus persuadés de partager une même histoire, ils risquent bien d’entretenir entre eux un climat de méfiance qui peut mener à l’implosion sociale. Je ne récuse pas un certain cosmopolitisme qui est le sel des sociétés humaines et qui nous éloigne du mauvais mirage de la société close. Mais où nous mène-t-il s’il ne suppose pas un monde commun qui assure la solidarité des hommes ?
Sur l'immigration :
MBC : Vous me posez la question des critères de l’intégration à la nation. Il m’apparaît normal – c’est aussi le cas de 80 % des Québécois – que l’immigrant qui arrive ici s’intègre pleinement à la nation, ce qui revient à toutes fins pratiques à s’approprier la culture nationale dans sa langue et ses références historiques, pour dire le plus rapidement possible « nous » avec l’ensemble de la collectivité nationale. La vocation de l’immigré est de ne plus en être un, de devenir un citoyen comme les autres. Ce travail d’identification est difficile mais c’est ce qui fait sa valeur. Évidemment, l’immigrant apportera à sa société d’accueil une différence qui souvent, pourra l’enrichir, comme cela a toujours été le cas. Je ne remets certainement pas cela en question, non plus que les règles élémentaires de l’hospitalité qui s’inscrivent dans la belle histoire de l’universalité occidentale. Mais le travail d’intégration n’est pas symétrique. C’est au nouvel arrivant à s’adapter, à prendre le pli du pays qu’il a délibérément rejoint ou vers lequel il s’est sauvé parce que les circonstances l’exigeaient. Une société n’est pas une page blanche. Ceux qui entretiennent une vision gastronomique du multiculturalisme, sensé métamorphoser nos métropoles en paradis des saveurs, ont une vision très limitée de ce cosmopolitisme pour nouveaux riches, qu’ils goûtent à l’abri de ses conséquences négatives, qu’ils contemplent sans payer le prix de la fragmentation sociale. Je n’en peux plus d’entendre les thuriféraires du pluralisme nous présenter une vision absolument terne du passé pré-cosmopolite de nos sociétés, que le pluralisme viendrait soudainement égayer en multipliant les restaurants étrangers ! Le gastronomisme, dernière ligne de défense du multiculturalisme ! Cette vision correspond bien à l’éthique hédoniste de la classe qui prend pour l’instant les apparences de l’élite et qui n’en finit plus d’esthétiser le déclin de nos sociétés.
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