22/03/2013

REFERENDUM EN ALSACE : AVEC MARINE, POUR L'ALSACE FRANCAISE

Texte de la conférence de presse « référendum Alsace » prononcé par Marine Le Pen le lundi 11 mars :

Mesdames, Messieurs,

Merci de votre participation à cette conférence de presse sur un sujet dont on parle trop peu alors qu’il revêt une importance absolument fondamentale pour l’avenir de l’Alsace bien sûr, mais aussi pour le devenir de notre pays la France.

Il s’agit du projet de collectivité unique d’Alsace, qui sera soumis par voie de référendum à nos compatriotes d’Alsace le 7 avril prochain, en vertu des dispositions de la loi du 16 décembre 2010.

Ce projet est tout sauf technique, administratif ou simplement anodin. Il est éminemment politique. Et comme tout sujet politique, il doit intéresser et être regardé de près.

Oui, j’insiste sur ce point : le projet de collectivité unique n’est pas simplement technique, comme voudraient le faire croire les partisans du OUI, pressés de faire voter ce texte à des Alsaciens sommés de croire qu’il se traduira par une mutualisation heureuse et des économies presque miraculeuses !

Je suis venue ici porter la parole du NON, un NON que je crois et que je veux populaire, face à une caste UMP et PS qui voudrait faire passer le OUI comme si de rien n’était.
Votez oui, braves gens, on s’occupe de tout…On connaît ce discours !

Oui, généralement, on l’a vu à maintes occasions lors de référendums passés, quand un camp tient uniformément ce discours d’un « oui à la va-vite », c’est qu’il y a un flou.
Cela veut dire que ce qui se présente comme technique est d’abord politique.
C’est que les fameuses économies promises sont souvent du vent.
C’est qu’il y a un projet de fond derrière la question posée. Projet que j’ai le devoir, comme représentante des oubliés de la politique française, d’expliquer, d’éclairer.

Oui, derrière l’argument de l’efficacité ou de l’économie, la collectivité unique d’Alsace, qui verra disparaître les deux départements, est un projet éminemment féodal.

Une grosse féodalité, au service d’abord de l’ambition de quelques seigneurs locaux, désireux de pouvoir sans cesse accroître leurs compétences et leurs budgets.

Or, l’histoire de France depuis la décentralisation nous montre que plus on prend le chemin de la féodalité, plus les coûts augmentent. Parce qu’il faut montrer qu’on existe, qu’on est puissant. On doit donc dépenser. Parce qu’il faut s’acheter, s’assurer des clientèles. Il faut donc dépenser, subventionner, dilapider. Parce qu’il faut se payer sa publicité, sa communication, et donc encore une fois dépenser.
Pire, les auteurs de ce projet demandent explicitement de pouvoir, je cite, « disposer d’une autonomie fiscale supérieure à celle dont disposent actuellement les trois collectivités ». Quand on voit déjà les dérives inquiétantes des finances locales, il y a tout lieu de s’inquiéter de la future gestion d’une super-structure aux compétences étendues.

Je ne vois pas d’économies réelles dans ce projet, juste dans sa communication. Je ne vois que des coûts potentiels. Ainsi, qui peut chiffrer le coût des « conférences départementales » annoncées ? Où sont les économies quand on annonce la création de « conseils de territoires de vie » ? Y aura-t-il vraiment réduction du nombre d’élus, dans une fourchette très imprécise de 10 à 20% ? Toute l’histoire de la décentralisation prouve le contraire : les élus locaux ne se font jamais d’eux-mêmes harakiri ! Bien au contraire.

Et combien coûtera aux contribuables la complexité inouïe qui naitra de la déconnexion profonde entre l’organisation centralisée de cette nouvelle collectivité unique et l’organisation traditionnel de l’Etat fondé sur le département et la région ? Il y aura perte d’efficience, perte de lisibilité, et donc hausse des coûts.

La féodalité, cela coûte. D’après nos estimations, ce projet ce serait en cinq ans un surcoût de 10% environ alors qu’aucune étude de fond n’a été faite pour appuyer les slogans des partisans du OUI qui évoquent des économies ou je ne sais quelle efficacité.

Très vite, on verra que les nouveaux petits seigneurs à la tête de cette super région seront gloutons de nouvelles compétences, de nouveaux budgets. On connaît cette histoire par cœur, inutile de retomber dans ce piège à l’heure où il faudrait au contraire forcer les collectivités territoriales, intercommunalités, grandes villes, départements et régions, à beaucoup plus de rigueur dans leur gestion.

La féodalité, cela éloigne aussi. Et c’est la deuxième raison pour laquelle nous appelons à voter NON le 7 avril.

L’hyper centralisation à Strasbourg, je vous l’avoue, nous inquiète. Parce que la logique voudra que peu à peu tous les services administratifs, locaux mais aussi de l’Etat, soient aspirés par cette centralisation vers Strasbourg.
Quid dans ce cas du Haut-Rhin ? Quid de nos territoires ruraux ? Qui s’en préoccupera ?
Assez vite, la question des sous-préfectures se posera. Puis celle de l’utilité de garder un double siège, à Strasbourg et Colmar, au détriment de Colmar.

J’interpelle nos concitoyens qui n’habitent pas Strasbourg : attention aux féodalités qui concentrent tout au même endroit. Ne devenez pas les nouveaux oubliés, les nouveaux invisibles, alors qu’au contraire il faudrait une vraie politique nationale d’aménagement du territoire au bénéfice de tous nos départements et de nos campagnes, de nos villages déjà quasiment abandonnés.

Enfin, la féodalité, c’est l’inverse du projet national français. Ce projet, cette réalité auxquels nos compatriotes d’Alsace adhèrent avec passion depuis si longtemps.

Oui, cette collectivité unique d’Alsace c’est évidemment le début du détricotage de la France. C’est une forme d’éloignement de la nation.

Quand les auteurs du projet demandent, je cite, « des délégations de pouvoir de l’Etat pour négocier et signer des accords internationaux dans des domaines qui sont actuellement de la compétence de l’Etat, particulièrement dans le cadre frontalier » on s’inquiète légitimement. Même chose quand il s’agit de pouvoir appliquer les règlements à l’Alsace, ou d’obtenir une autonomie fiscale supérieure.

Derrière ce projet féodal, il y a la marque de l’Union européenne, qui veut déconstruire les nations en les enserrant dans ses griffes par le haut avec la Commission de Bruxelles et en les subvertissant par le bas avec les hyper régions.

Le traité de Maastricht, qui a créé la funeste monnaie unique, a aussi institué un Comité des régions, en application du slogan soixante-huitard : « small is beautiful », ou de l’adage cynique : « diviser pour régner ».

Plus morcelé sera le pouvoir politique, plus les technocrates sans nation, les grandes banques sans frontière et les entreprises multinationales seront libres d’agir au détriment des peuples. La démocratie ne sera plus alors qu’un mot, aussi creux que virtuel.

En face des forces considérables de la mondialisation, il ne restera qu’un pullulement de médiocres notables locaux, de petits seigneurs dépensiers et mégalos, qui s’imagineront détenir du pouvoir parce qu’ils auront asséché les gouvernements nationaux.

Or, qui peut se réarmer face à la mondialisation, qui peut faire le bras de fer avec la grande finance, qui peut contrôler les frontières ? La nation bien sûr. Pas la région. Voilà pourquoi la nation est l’ennemie des chantres de la mondialisation sauvage et de leur outil l’Union européenne.

Ce plan est déjà à l’œuvre. Même si la marche de la Belgique vers son éclatement est bien antérieure à l’Union européenne, celle-ci l’accentue, alors même que le point de friction le plus dur est précisément Bruxelles. Mais d’autres séparatismes inquiétants surgissent ici ou là. La question de l’indépendance de la Catalogne se pose désormais en Espagne. L’Europe bruxelloise sépare les peuples pour les confiner dans des structures incapables de résister aux marchés financiers et aux volontés des lobbies.

Pour défendre cet éclatement des nations en multiples régions, les européistes évoquent l’Allemagne, et citent la Bavière ou le Bade-Wurtemberg. Curieusement, ils oublient Brême et Hambourg, beaucoup plus petits. Ils oublient aussi la Sarre, dont la superficie est la moitié de celle d’un département français. Le land de Bade-Wurtemberg et surtout l’État libre de Bavière sont les successeurs d’États souverains qui ont compté. Les deux länder urbains sont les héritiers des cités libres du Saint-Empire et des villes de la Hanse. La Sarre résulte des rapports douloureux entre la France et l’Allemagne au siècle dernier.

Bref, le fédéralisme allemand découle de l’histoire. L’Allemagne respecte son histoire. Et elle a raison. À la France, de respecter aussi la sienne !

Or, l’histoire de France, c’est d’abord l’histoire de son unification par ses Rois pour s’achever dans la République une et indivisible, avant d’être stabilisée par l’Empire. Imaginés dès le XVIIe siècle, les départements furent créés par les Constituants comme une simple commodité administrative. Ils prirent effet le 4 mars 1790 et furent solennellement ratifiés par le peuple français lors de la fête de la Fédération, le 14 juillet suivant.

Toutes les modifications qui intervinrent depuis ne furent que des adaptations pour répondre aux inévitables évolutions. D’autres aménagements seront sûrement encore nécessaires. Mais le principe reste l’unité d’une République administrée en départements. Car le département, c’est la République ; et la République, c’est la France.

La volonté unificatrice de la République française n’est pas aveugle bien sûr. Elle tient compte des particularités légitimes. Le plus souvent, celles-ci découlent de la géographie. Dans le Haut-Rhin, comme dans le Bas-Rhin et en Moselle, elles résultent de l’histoire tourmentée de ces trois départements entre 1870 et 1945.

Bien évidemment, il faut conserver ces spécificités juridiques, rassemblées dans le droit local. Parmi elles, le concordat, dont bénéficient quatre cultes, est mis en cause soit par des esprits sectaires qui veulent l’abroger, soit par des esprits laxistes qui souhaitent au contraire l’étendre à d’autres religions. Il ne peut en être question. Seuls les cultes présents pendant ces trois quarts de siècle difficiles peuvent y prétendre ou, alors, le droit local perd tout sens, et la République française se dissout dans les particularismes.

L’enjeu de la consultation du 7 avril prochain n’est donc pas mince. Elle pose la question de la nation, et des risques graves de la féodalité : démantèlement de la nation, oubli de pans entiers du territoire alsacien au profit d’une hyper centralisation, augmentation des coûts et des gaspillages.

Mais j’ai confiance dans la conscience patriotique et républicaine des habitants des deux départements concernés. Je sais qu’ils suivront l’exemple des Français de l’île de Corse qui, le 6 juillet 2003, rejetèrent le statut particulier que leur proposait Nicolas Sarkozy, alors même que, comme ici, presque toutes les élites et autorités insulaires avaient fait ouvertement campagne pour son adoption.
Alors que la France est empêtrée dans d’immenses problèmes, que nos dirigeants se préoccupent d’abord de les résoudre ! Elle est là la priorité. Qu’ils s’attaquent au chômage, à l’insécurité, aux délocalisations, à la concurrence déloyale, à l’immigration massive et aux problèmes d’autorité avant de vouloir jouer aux apprentis sorciers avec la nation et son unité ! C’est ce que demandent nos compatriotes.

Et le premier vœu que je forme moi pour l’Alsace n’est pas qu’elle s’éloigne d’une façon ou d’une autre de la France, c’est qu’elle retrouve le plein-emploi, la tranquillité qui fait son art de vivre, la sécurité et le dynamisme économique qui fait sa réputation !

Aimons l’Alsace, le Haut-Rhin, le Bas-Rhin et la France mais ne faisons pas l’un au détriment de l’autre !

J’en appelle à l’union de toutes les forces patriotes au-delà du Front National autour de ce NON d’espérance. Que ces forces s’engagent avec nous pour l’intérêt supérieur de l’Alsace et de la France.

Si je veux l’Alsace qui gagne, l’Alsace française, le 7 avril, je dis non !

Je vous remercie.

21:31 Publié dans Europe, Identité nationale, International, Nationalisme, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) |

Les commentaires sont fermés.